Bella Lui, c’est le nom d’une montagne située au Nord de Crans Montana d’une hauteur supérieure à 2500 m. C’est depuis le 29 mai dernier le nom du nouveau Pod qui va participer en juillet à la session 2019 de la compétition Hyperloop, à laquelle participe l’EPFL avec son équipe EPFLoop. Cette compétition lancée par Elon Musk, vise à disrupter les transports à grande vitesse.
Du métro suisse à l’Hyperloop
L’hyperloop est le nom de ce projet de métro du futur, destiné à relier 2 villes. C’est le milliardaire originaire d’Afrique du Sud Elon Musk qui a imaginé ce principe de tube sous vide ou des navettes sont propulsées pour relier San Francisco à Los Angeles, afin de déviter les terribles embouteillages sur la cote californienne et de gagner du temps. Plus surprenant, la Suisse avait eu une telle idée il y a plus de 40 ans en imaginant un métro, qui traversait la Confédération aussi rapidement qu’une balle de Federer traverse un cours de tennis.
Cette idée à 500 km/h n’a pas vu en jour entre Lausanne et St Gall, mais l’idée est restée dans les archives de l’EPFL. En 2018 un jeune étudiant intégrant cette école du canton de Vaud explique qu’il a participé à Hyperloop avec l’Université ou il étudiait précédemment et qu’il lui semble que l’EPFL est bien outillée pour y faire bonne figure.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Une équipe est constituée. Le projet est monté à grande vitesse et le succès arrive dès la première année. L’EPFloop arrive en effet troisième en 2018 pour sa première participation. Quand on écrit que le projet est monté en grande vitesse, ce n’est pas juste une image. Quand on travaille avec les équipes de SpaceX, le rythme est plutôt soutenu. C’est un euphémisme.
Un projet transversal qui implique de nombreux partenaires
Un projet de Pod est évidemment intéressant pour l’EPFL, car en dehors de la visibilité et la notoriété acquise lors de ces compétitions, cela permet de faire phosphorer ensemble des étudiants de différentes spécialités. L’équipe constituée pour gérer ce projet rassemble entre 20 et 30 étudiants. L’aspect transversal du projet inclut de nombreuses spécialités techniques mais également managériale ou dans le domaine de la levée de fonds. Il faut en effet que le projet s’appuie sur des partenaires techniques ou financiers.
Le modèle 2019 s’appelle Bella Lui, car le sponsor principal est la commune de Crans Montana, dominée par le sommet qui partage donc son nom avec le Pod 2019. On trouve bien d’autres partenaires pour la réussite de ce projet, comme Lemo spécialiste des connecteurs haut de gamme qui a accueilli sur son stand à VivaTech le Pod 2018. La personne en charge de cette partie levée de fonds est la jeune Karine Chammas avec qui j’ai pu échanger Porte de Versailles. Après s’être occupée du Prix Stratégis, elle participe pour la seconde fois à l’aventure EPFloop, parallèlement à ses études. Nul doute que son énergie et son savoir faire, aperçus le temps de notre entrevue, soit un excellent exemple des valeurs que l’équipe a démontré posséder.


L’aspect multi compétences est au cour de ce projet Hyperloop. Cela nécessite de rassembler des étudiants travaillant sur différentes technologies, concernant les batteries bien sûr, mais aussi le design, les matériaux comme la fibre de carbone et tout ce qui touche à la mécatronique. Mais ce n’est pas tout. L’esprit d’équipe est un point déterminant de la réussite du projet. Certains étudiants font de ce projet leurs sujets de thèse et sont à impliqués 100% de leurs temps. D’autres y consacrent 30% de leurs temps, bien évidemment en plus de leurs temps passés à suivre leurs propres cursus, mais n’en sont pas moins impliqués. Tout ceci donne des journées bien remplies.

Le projet démarre en septembre de l’année n-1 ou les équipes soumettent le digest du projet, qui peut tenir en 2 ou 3 slides. Ensuite le développement se fait par des séances d’interactions avec les équipes de SpaceX. Le document initial grossi, passe à 120 slides et en mars, il prend de manière théorique sa forme quasi définitive. Les confcall et Visio s’enchaînent avec les équipes de Space X pour finir par obtenir la validation de la candidature. Chaque année est une nouvelle épreuve et les concurrents doivent faire preuve d’innovations. Les bonnes performances du passé ne donnent pas accès automatiquement à une nouvelle participation. Travailler avec les équipes d’Elon Musk est une expérience en soi. Vous savez que vous n’avez pas affaire à des personnes marquées par le sceau de l’administratif. Vous avez intérêt à être proactif, voire même « PodActif » si ce néologisme peut traduire la notion de vitesse nécessaire pour finaliser le projet. Car le délai s’avère très court. Il faut le finaliser entre avril et juillet, mois ou se déroule la compétition. Ensuite, il faut déplacer le matériel, qui pèse 2.5 tonnes et toute l’équipe en Californie. Travailler avec les douanes US n’est pas une sinécure. L’année 2018 l’a démontré.
Vitesse et sécurité, clés du succès
Cette compétition Hyperloop rassemble une cinquantaine de projets issus d’universités, du monde entier. Le but est d’atteindre la vitesse maximale le plus rapidement possible et dans des conditions de sécurité optimale. A la fois pour ne faire exploser les installations déployées par Space X, mais également parce qu’il s’agit de créer le mode de transport du futur destiné à véhiculer des humains. Le Safety by design est donc incontournable à la réflexion d’un tel projet. La compétition comprend plus de 120 tests en 6 jours, en fonction d’un règlement ultra précis et détaillé, édité par SpaceX. Le point d’orgue est la circulation du Pod dans un tube sous vide à la plus grande vitesse possible.
L’expérience de ce métro du futur vaut autant par le coté aventure du projet que par la possibilité de rencontrer les équipes de SpaceX. Les américains ne sont pas en reste pour proposer des jobs à des profils qu’ils jugent intéressants. Elon Musk, malin, profite de cette compétition pour dénicher de nombreux savoir faire techniques apportés par des universités du monde entier. Notamment dans le domaine des batteries, ce qui lui sert dans toutes ses entreprises.
Si vous voulez découvrir d’autres facettes de cette aventure, l’équipe de l’EPFloop a mis plusieurs vidéos qui vous dévoilent de l’intérieur l’évolution du projet et le déroulement de la compétition. On leur souhaite en 2019 de pouvoir lâcher toute la puissance de leur nouveau Pod, Bella Lui, pour décrocher la première place.